Comprendre et prédire l’inflammation après hémorragie cérébrale : l’étude INFINITE entre en scène
Neurologue au CHU de Toulouse, spécialiste de l’hémorragie intracérébrale et de l’imagerie avancée (IRM, PET), le Pr Nicolas Raposo coordonne le volet scientifique et technique de l’étude INFINITE (Role of neuroINFlammation, and blood-brain barrier breakdown IN InTracerebral haemorrhagE) dans TIPITCH.
Après un passage à l’Université Harvard à Boston — où il rencontre notamment deux acteurs de TIPITCH, le Pr Grégoire Boulouis et le Pr Marco Pasi (CHRU de Tours) — il pilote aujourd’hui plusieurs études majeures sur l’hémorragie intracérébrale.
Il revient ici sur les ambitions scientifiques d’INFINITE, un projet inédit en France et à l’international.
« INFINITE explore un chaînon manquant : comprendre la neuro inflammation avant qu’elle ne devienne visible sur le scanner. »
Quel est l’objectif principal de l’étude INFINITE et sa place dans TIPITCH ?
INFINITE s’inscrit dans le work package 3, consacré à la réduction de l’inflammation provoquée par l’hémorragie cérébrale.
Dans ce module, on retrouve l’étude DARLENE, qui teste un traitement pharmacologique capable de moduler la réaction inflammatoire. C’est, en quelque sorte, l’étape ultime du module : le test du médicament.
INFINITE se positionne plus en amont du processus :
il s’agit de mieux comprendre, détecter et quantifier la neuro‑inflammation autour de l’hématome, grâce à des outils d’imagerie moderne potentiellement plus sensibles que l’imagerie standard.
Le scanner, aujourd’hui, nous montre l’œdème autour de l’hématome, qui représente vraisemblablement un stade tardif de la cascade de neuroinflammation après une hémorragie intracérébrale. Mais on sait, grâce aux modèles animaux, que l’inflammation débute dans les toutes premières heures. INFINITE vise à évaluer si des outils modernes peuvent capturer cette neuroinflammation de façon plus précoce, que le scanner.
« Nous voulons imager une inflammation encore invisible à l’imagerie classique. »
Quels outils utilisez vous pour détecter cette inflammation très précoce ?
L’étude repose sur trois modalités complémentaires :
- Un PET scan TSPO, qui visualise l’activation de la microgliale, un marqueur de neuro‑inflammation.
- Une IRM avancée, grâce à une séquence spécifique (DCE‑MRI) qui permet d’imager la rupture de la barrière hémato‑encéphalique, un élément clé de l’œdème.
- Un dosage sanguin de biomarqueurs inflammatoires.
Ces examens sont tous réalisés à J+10 après l’hémorragie, puis les patients sont revus à 6 mois pour évaluer leur récupération neurologique, avec l’échelle de Rankin modifiée.
Nous faisons l’hypothèse que les patients qui ont une mauvaise récupération neurologique à 6 mois de l’hémorragie sont ceux qui présentent, une neuro‑inflammation précoce plus importante.
Cette étude permettra de déterminer si mesurer cette inflammation tôt peut prédire l’évolution clinique.
« INFINITE pourrait permettre de mieux sélectionner les futurs candidats aux traitements anti‑inflammatoires. »
Quel lien avec l’essai DARLENE ?
DARLENE testera un médicament ciblant l’inflammation. Mais, comme souvent, il se pourrait que tous les patients ne répondront pas de la même façon au traitement.
L’objectif d’INFINITE est de fournir des outils permettant de :
- détecter les patients qui présentent une neuro‑inflammation significative,
- et potentiellement de prédire qui a le plus à gagner d’un traitement comme celui évalué dans DARLENE.
En d’autres termes, INFINITE pourrait devenir un outil de stratification pour les futurs essais thérapeutiques.
« INFINITE est une étude multicentrique rare, presque unique dans le monde. »
Quels centres participent et pourquoi ?
Trois centres participent :
- CHU de Toulouse
- CHU de Bordeaux (Pr Igor Sibon, PI)
- CHU de Montpellier (Dr Adrien Ter Schiphorst, PI)
Pourquoi pas plus ?
Parce que l’imagerie utilisée — un radiotraceur PET spécifique, le DPA‑714 — a une demi‑vie très courte.
Il est produit à Toulouse, ce qui impose une proximité géographique.
De plus, très peu de centres sont capables de réaliser, chez des patients en phase aiguë d’hémorragie intracérébrale :
- un PET scan,
- une IRM avancée,
- une prise de sang, le même jour.
INFINITE est donc une étude à la fois exigeante et hautement spécialisée.
Une étude ambitieuse, avec des moyens et des expertises d’exception
Quel est l’effectif prévu et le calendrier ?
L’étude inclura 117 patients sur environ 36 mois, avec un lancement prévu au printemps 2026.
Il s’agit d’un objectif ambitieux, car réaliser une telle imagerie dans ce contexte clinique est rare et complexe. À ce jour, dans le monde, seules deux études ont combiné PET scan et IRM de barrière dans la phase aiguë d’une hémorragie intracérébrale, et sur moins de 10 patients chacune
.
INFINITE sera donc l’une des premières études multicentriques à cette échelle.
« L’objectif final : comprendre, prédire, et mieux traiter. »
Quelles seront les prochaines étapes si les résultats confirment vos hypothèses ?
Si INFINITE démontre que la neuro‑inflammation mesurée à J+10 est un facteur clé de mauvais pronostic, cela ouvrira la voie à plusieurs avancées :
- mieux sélectionner les patients candidats aux essais thérapeutiques comme DARLENE,
- développer des traitements plus personnalisés,
- ajuster le timing d’intervention,
- et, à terme, améliorer le devenir neurologique des patients victimes d’hémorragie intracérébrale.
INFINITE est donc une pièce stratégique du puzzle TIPITCH : mieux comprendre pour mieux traiter.
Un dernier mot ?
Le Pr Raposo tient à saluer l’ensemble des partenaires TIPITCH pour leur soutien et leur enthousiasme dans ce projet, mais également les équipes scientifiques et méthodologiques de Toulouse (Inserm U1214 TONIC, Centre d’Investigation Clinique), ainsi que centres investigateurs de Bordeaux et Montpellier, dont l’expertise en imagerie avancée a permis de structurer cette étude ambitieuse.